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Vendredi 1 février 2008
Accueilli plutôt fraîchement  au dernier festival du film fantastique de Gérardmer par une meute de fans probablement trop cartésiens et désireux de retrouver à tout prix la flamboyance de la fin des années 70,le dernier long métrage de Dario Argento s'éloigne courageusement des univers oniriques et opératiques de SUSPIRIA et INFERNO pour proposer une relecture ironique et moderne de la saga initiée en 1977 par le célèbre cinéaste italien.

MOTHER OF TEARS/LA TERZA MADRE se présente comme une fête à la sauvagerie primitive et aux accents païens,où le réalisateur convoque avec une nostalgie un peu désabusée toute une imagerie d'un cinéma disparu: le Fantastique italien des années 60 à 80.

Argento rend hommage aux artisans qui ont fait le cinéma de genre de son pays,de Sergio Martino à Lucio Fulci (le meurtre "trippant" de Coralina Cataldi Tassoni,les larmes de sang du policier,les suppliciés du final...) en passant par Mario Caiano (les enchainés des AMANTS D'OUTRE TOMBE) et bien évidemment par le "mentor" d'Argento,Mario Bava,cité en ouverture (la goutte de sang du MASQUE DU DEMON qui provoque le réveil de Mater Lachrymarum,les mains sculptées et la fameuse apparition sursaut de SHOCK -ici le démon "satyre" du SYNDROME DE STENDHAL qui réveille brutalement Asia Argento-) et en conclusion  de récit (le couple dans les barbelés de LA RUEE DES VIKINGS,la Villa Graps d'OPERATION PEUR et enfin le dernier plan et sa Rome factice,en forme de simulacre,à l'instar des faux cheval et paysage de la fin des 3 VISAGES DE LA PEUR ).


Plus généralement,Argento fait de LA TERZA MADRE une déclaration d'amour à l'Art sous toutes ses formes,du cinéma à la littérature (la maison de Philippe Leroy et son émouvante exhumation du livre des 3 Mères ,les recherches d'Asia Argento dans la bibliothèque,une scène clé du film se déroulant dans une librairie -où le cinéaste retrouve les travellings furtifs de l'ouverture de TENEBRES- ...),en passant par la peinture:

le cadre du film est ainsi constamment chargé de tableaux,de fresques d'apocalypse,des génériques très stylisés (où Argento nous dévoile les influences visuelles de son film) aux références picturales à Bosch,Goya,à l'art graphique (l'inattendu "fumetti" en flash back dont les illustrations sonores nous renvoient directement aux peintures vivantes du SYNDROME DE STENDHAL).

Même si Argento paie ici son tribut aux artistes qui ont pu l'inspirer tout au long de sa carrière,LA TERZA MADRE n'est pourtant pas seulement qu'une oeuvre nostalgique et référentielle et le cinéaste ancre cette fois-ci les poussées du surnaturel dans notre quotidien le plus banal,à l'inverse des univers désincarnés et oniriques de SUSPIRIA et INFERNO.

Argento quitte désormais ses palaces rutilants et leurs univers clos pour ouvrir son récit et faire de la ville de Rome un gigantesque terrain de chaos et de désolation,le cinéaste fantasmant ainsi une métaphore contemporaine de la décadence de notre société dite civilisée:

La "seconde chute de Rome",où notre violence quotidienne éclate sans prévenir et sans raison dans les rues,les mères tuant leurs enfants,la loi et la religion étant désormais des institutions morales dépassées et bafouées (voir à ce titre la mort délicieusement interminable du prêtre incarné par Udo Kier).

Argento s'éloignant toujours plus des deux premiers opus de la trilogie personnifie cette fois-ci les sorcières,en en faisant non sans humour des créatures gothiques,délurées et anarchiques,des trublions punk prenant plaisir à insulter les badauds des Rome et à s'adonner à des rites décadents (cannibalisme,perversions sexuelles,orgies...).

Le cinéaste,désinhibé par l'expérience heureuse de ses deux épisodes des MASTERS OF HORROR,semble jubiler de ces excès de sauvagerie retrouvée et surenchérit dans la veine  décomplexée de JENIFER et PELTS; Argento mêlant toujours le sexe à la violence et n'épargnant pas les innocents pour notre plus grand plaisir (sadique) :

Un couple sympathique et aimant de lesbiennes subit ainsi un destin particulièrement atroce,une mère se débarrasse de son nouveau-né avant de réaliser et d'éclater en sanglots dans un beau montage en crescendo musical,les sorcières se régalent du fils du compagnon de Sarah,et la Mater elle même (Moran Atias,dont le physique sculptural est dévoilé judicieusement petit à petit...) est un top model préfabriqué qui périt sous le poids écrasant d'un symbole phallique démesuré!


Même si Dario Argento n'évite pas certaines maladresses dues en partie à un budget qu'on devine trop étriqué par rapport à la délirante ambition du projet (des effets numériques assez moyens-mais non sans un certain charme désuet-,une prestation un peu inégale d'Asia Argento,une fin trop précipitée même si en accord en cela avec les conclusions déjà abruptes de SUSPIRIA et INFERNO...),LA TERZA MADRE se révèle être un film somme pour le Fantastique italien et avant toute chose une oeuvre profondément libre et osée,en regard d'un cinéma de genre actuel de plus en plus timoré et formaté.
Une oeuvre discrètement autobiographique aussi,Asia et sa mère Daria Nicolodi nous rejouant à l'écran la séparation de la famille Argento... 
Par Guillaume
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Commentaires

Bravo ! Vous donnez envie de voir le film ! Dommage qu'il ne sorte qu'en DVD.
Commentaire n°1 posté par Norman Bates le 04/02/2008 à 10h23
Merci pour le commentaire!

La sortie direct en dvd est une catastrophe...j'espère sincèrement que le film sera défendu dans la presse ciné française "officielle"...peut être par un Jean-Baptiste Thoret ou un Jean-François Rauger?
Le film avant la projo de Gérardmer avait eu droit à deux avis favorables dans les revues Positif et les Inrockuptibles.
Commentaire n°2 posté par Guillaume le 04/02/2008 à 11h31

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